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 Sujet du message: Interview de JKR - 20 juin 2003 - The Times
MessagePosté: 07 Fév 2006 15:17 
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Interview de J.K. Rowling par Ann Treneman, le 20 juin 2003. The Times





Une minute après minuit, le cinquième livre Harry Potter sera mis en vente dans les librairies. Dans une interview exclusive, J.K. Rowling raconte à Ann Treneman comment elle s’est finalement accommodée de la célébrité, et comment son mariage et ses enfants l’ont rendue plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été avant.


JOANNE KATHLEEN ROWLING est une femme heureuse ces jours-ci, et ça se voit. Elle m’accueille en haut de l’escalier de sa maison, son bébé dans les bras. Son nom est David, et il est rond, doux et il gazouille. Nous entrons tous dans la pièce de devant et là, sur l’étagère, se trouve l’autre bébé de sa vie ; 1 kg de butoir, c'est le cinquième livre de la série Harry Potter, Harry Potter et l’Ordre du Phénix.

« Il est gros. Très gros », dit-elle. “Je n’ai pas osé compter le nombre de mots”.

Donc, comment mesurer sa longueur ? Après tout, Harry Potter et la Coupe de Feu, le quatrième tome, faisait 636 pages.

Joanne ouvre à la dernière page. « Il fait 766 pages ; Quand je l’ai fini, j’ai pensé, Oh mon dieu, il est plus gros que la Coupe. Je le savais déjà, mais je pensais, et bien, peut-être qu’il est un tout petit peu plus long, puis j’ai parlé à mon éditeur à Bloomsbury, et elle m’a dit, « Vous connaissez sa longueur, bien sûr ? » J’ai répondu non, en fait non. Et il faisait un quart de million de mots. » Sa voix se transforme en murmure. « Ca m’a presque tué ».

N’avez-vous pas un éditeur qui enlève des passages, ai-je demandé abruptement.

Elle a ri et a pris une voix de comédien : « N’avez-vous pas un éditeur ? Est-ce que quiconque a déjà tenté de vous stopper ! » Elle reprend sa voix normale. « Oui. Bien sûr qu’ils le font. Mais ils ont vraiment senti que les informations contenues dans le livre étaient nécessaires. »

C’est la troisième fois que j’interviewe J.K. Rowling. La première, c’était en 1997, après la publication de son premier livre, Harry Potter à l’Ecole des Sorciers. Elle était une étoile montante qui n’avait aucune idée de la galaxie dans laquelle elle et Harry allaient bientôt s’élever. « Je n’avais jamais rêvé que cela puisse arriver », avait-elle dit, quand les ventes ont atteint 30 000 exemplaires. « Mon côté réaliste m’avait autorisé à penser que je pourrais avoir un bon commentaire. C’était mon idée du sommet. Donc tout le reste, c’était vraiment comme marcher dans le Pays des Merveilles pour moi. »

Le Pays des Merveilles, en effet. Trois ans plus tard, en mai 2000, nous nous sommes rencontré dans une chambre d’hôtel à Edinburgh. Elle venait de finir Harry Potter et la Coupe de Feu, et était pressée, amusante et nerveuse, fumant cinq cigarettes en deux heures, et parlant comme une mitraillette à plein régime. A cette époque elle avait vendu 30 millions d’exemplaires, un film allait sortir et des produits de marketing allaient se diffuser. Sa richesse était estimée à 15 millions de livres sterling, mais sa vie, qui se résumait à sa fille, son écriture et ses amis, n’avait rien du brillant qui accompagne l’argent.

Trois ans plus tard. Maintenant, Rowling a vendu presque 200 millions de livres et sa fortune est estimée à 280 millions de livres sterling. Elle est plus riche que la Reine, et est classée 122eme au classement des plus grandes richesses de Grande-Bretagne (et la neuvième femme la plus riche). Certaines personnes s’en réjouiraient, en brillant comme un diamant dans la lumière du jour. Je doute que Rowling fasse pareil : la dernière fois que nous nous sommes rencontrées, elle niait être célèbre et disait que son seul achat important avait été une bague en aigue-marine qu’elle appelait sa bague « personne ne m’a vaincu ».

J’étais curieuse de la rencontrer encore et de voir de quelle façon elle avait changé. Il est vrai que je n’avais pas vu Joanne présenter sa belle table à manger dans les pages de Hello ! Magasine ou quoi que ce soit de ce genre, mais vous ne pouvez jamais savoir : l’argent et la célébrité peuvent corrompre tout aussi bien que le pouvoir. Il y a peu de faits. Elle a maintenant 37 ans et s’est mariée avec le docteur Neil Murray, un anesthésiste, il y a 18 mois. Jessica, la fille de son premier mariage, a presque 10 ans, et David est né en mars. La famille possède des maisons à Edinburgh, Perthshire et Londres.

Sa maison principale est à Edinburgh et c’est là que nous nous rencontrons. Pour quelque raison, j’avais décidé qu’il se pourrait qu’elle soit minimaliste – un reste, ou ce que ma logique imaginait, du temps où elle était pauvre. Faux. Sa maison vibre de couleurs et de motifs, et la pièce de devant est pleine de livres et de photos. Ce n’est pas une vitrine, mais une maison pleine de vie. Apparemment il y a un chien quelque part dans la maison. Il y a certainement un bébé dans la pièce qui laisse entendre un arrière son de gargouillis pour l’interview.

J.K. Rowling a l’air terrible. Elle a arrêté de fumer il y a trois ans et, comme elle allaite, elle a même dû arrêter la Nicorette. Elle explique cela en prenant un paquet de Wrigley et me conseille d’acheter des actions de cette société. L’interview, comme les évènements ont tendance à se passer quand un petit bébé est impliqué, est le résultat d’un planning méticuleux. Elle a passé tout le week-end à se demander comment elle allait nourrir le bébé et se changer pour être présentable « boutonnée convenablement » en temps et en heure.

Ca ne prend qu’une minute pour voir qu’elle a changé. Elle est plus calme, elle arrondit les angles. La mitraillette s’est changée en une voix plus douce, plus lente, bien que son rire soit le même. Je dis qu’elle semble différente, plus calme.

« Je suis vraiment plus calme. Oui. Vraiment. Je pense que je suis bien plus heureuse maintenant, ce qui me rend plus calme. »

Et bien, comme je le dis, vous n’étiez pas pareil la dernière fois que nous nous sommes rencontrées.

« Mais vous m’avez vu probablement pendant ma pire période. La dernière fois que vous m’avez interviewé, ce n’était pas une époque heureuse. Ecrire le tome quatre a été un cauchemar absolu. J’ai littéralement perdu l’intrigue à mi-chemin. Ma propre date limite était totalement irréaliste. C’était ma faute car je n’avais rien dit à personne. J’avançais péniblement, comme toujours dans la vie, et puis j’ai réalisé que j’étais dans le pétrin. Je devais écrire comme une furie pour respecter la date limite, et ça m’a à moitié tué, j’étais comme consumée à la fin. Vraiment consumée. Et l’idée de recommencer avec le prochain livre Harry Potter me remplissait d’effroi et d’horreur. Et c’était la première fois que je ressentais ça. J’avais écrit pendant 10 ans sur Harry et c’était la première fois que j’ai pensé, Oh mon dieu, je ne veux pas continuer. »

Rowling, qui avait eu l’idée de la série de sept livres sur Harry Potter dans un train retardé pour Manchester en 1990, n’avait pas fait de pause depuis qu’elle avait commencé à écrire sérieusement alors qu’elle était une mère célibataire. Elle écrivait principalement dans des cafés. Quand elle finissait un livre, elle entamait immédiatement le deuxième, parfois le même jour. Et donc, juste après l’impression de Harry Potter et la Coupe de Feu, le quatrième tome, elle a ressenti une immense pression pour commencer le suivant.

Ce n’était pas la première fois qu’elle ressentait la tension de la date limite. « La première chose que j’ai faite après avoir fini le Prisonnier d’Azkaban, ça a été de discuter le remboursement de l’avance pour le prochain livre ». J’ai paru choquée. « Oui, vous pouvez imaginer. Les gens ont été un peu secoués, je pense. J’ai déclaré : je veux rendre l’argent, et je serai libre de finir dans mon propre temps plutôt que de l’écrire pour l’an prochain. »

Et maintenant, après le tome quatre, elle a de nouveau dit à son éditeur qu’elle ne pouvait pas écrire pour une date si proche le prochain livre. « Car il savait que je ne pouvais pas le faire. En fait, j’aurais probablement pu. Car je travaille dur. J’aurais PU le faire, mais le livre aurait été miteux et je me serais alors complètement effondrée et j’aurais dit : ça y est, j’arrête. Je ne peux plus continuer. Donc, c’est ce que je leur ai dit ». Ses éditeurs lui ont dit d’écrire le livre à son propre rythme.

Elle a fait un break mais a continué d’écrire car, comme elle le dit, « je dois écrire ». Elle ne dira pas grand-chose sur ce qu’elle écrivait, mis à part que c’était une histoire « entièrement pour moi ». Comme un roman ? « Oui », dit-elle. Il n’est pas fini.

Le break a duré une bonne partie de l’année. « J’étais également bien consciente – et je n’avais besoin de personne pour me le rappeler – que je devais arrêter et que je devais essayer d’accepter ce qui m’était arrivé. Je devais tenter de faire face à ce qui était arrivé car je ne me débrouillais pas. Je ne me débrouillais pas du tout. Pendant une longue période, les gens me disaient, « Qu’est-ce que ça fait d’être célèbre ? » et je répondais, « Je ne suis pas célèbre ». Maintenant, c’est complètement faux. C’était la seule façon que j’avais de faire face à cela, en étant dans un tel démenti que j’étais virtuellement aveugle à cette époque.

« J’avais toujours l’impression de courir pour rattraper la situation. Donc je pourrais maintenant faire face au fait que j’étais au seuil, mais pas qu’ils en avaient à ma vie privée. J’étais en retrait. Je ne pouvais pas saisir ce qui m’était arrivé. Et je ne pense pas que beaucoup de personne auraient pu. Ca prenait une telle ampleur. »

On lui demande toujours pourquoi Harry Potter est un tel succès. « Et je ne peux pas répondre à cette question. Je ne peux pas. Cela parait modeste et faux. Je n’ai jamais pensé à cela comme ça. Je pense que ça serait dangereux que je le fasse, que je m’assoie et que j’analyse, et que je décide pourquoi. Ca serait se regarder le nombril. Ca me mènerait également peut-être à déduire que certaines des choses que j’avais faites étaient bien, et d’autres qui devraient être supprimées, et si vous commencer à écrire de cette façon… »

Avec votre tête, et pas avec votre cœur, ai-je complété.

« Exactement. Je pense qu’on est perdu. Et je serais certainement perdue si j’avais arrêté d’apprécier cela. Et en fin de compte je dois le faire. Je veux dire, qu’est-ce qui est important ? J’aurais pu arrêter d’écrire il y a quatre ans et nous aurions bien vécu financièrement. Donc je n’écris pas pour l’argent. Je pourrais vraiment vivre sans la célébrité. La seule chose importante est de satisfaire pour moi la loyauté des fans ». Et Harry aussi, ai-je ajouté.

« Absolument. Quand je dis pour moi, c’est pour Harry… en étant loyale à ce que je sais être sa fin. »

Comment décririez-vous ce que vous ressentez à propos de la célébrité ?

« Je ne l’ai jamais voulue, je ne m’y attendais pas, je n’ai certainement pas travaillé pour cela et je la vois comme quelque chose que je dois traverser, vraiment. Ca a de bons aspects, mais pour moi, personnellement, le négatif dépasse probablement le positif. Nous sommes en train de parler d’être célèbre, comme une opposition au fait d’avoir de l’argent, car l’argent m’a bien sûr délivré d’un énorme tas de soucis et cela a mis mes enfants à l’abris du besoin, dans le sens où je sais qu’ils auront suffisamment à manger et tout le reste. Et c’est ce que l’argent signifie pour moi. »

Oui, ai-je dit, mais vous êtes au dessus de cela.

« Absolument. Je suis allé au dessus de cela. »

Est-ce étrange ?

« Oui, très étrange. Et vous culpabilisez. Un de mes amis m’a dit l’autre jour, « Moi j’irais simplement dans un magasin, et je dirais, je veux un de ceux-là, un de ceux-là et un de ceux-là dans chaque couleur. Pourquoi ne fais-tu pas cela ? » Mais en fait, une fois que vous pouvez le faire, vous ne le voulais plus vraiment. La quantité de choses que vous voulez réellement acheter, une fois que vous le pouvez, se réduit considérablement. Alors que quand j’étais vraiment pauvre, j’aurais acheté n’importe quoi. »

Donc vous vouliez acquérir des choses, alors ?

« Oui. Parce que je ne le pouvais pas. Je ne pouvais tout simplement pas. Je veux dire, même un nouveau torchon pour la vaisselle, ça m’aurait fait envie. Vous pensez que le plaisante ! »

Que voulez-vous dire, par le fait de culpabiliser ?

« Et bien, cela m’est arrivé en faisant ce que je préfère faire. Donc je suppose que je pense ne pas avoir assez souffert pour cela. »

J’ai répondu que ce n’est pas comme cela que ça marche.

« Je sais. Je sais. Nous savons tous que ça ne marche pas comme cela. Le monde fonctionne à l’envers. Quand David est né, une société m’a envoyé du Babygros gratuitement. J’ai trouvé cela assez renversant, et ça m’a même fait venir les larmes aux yeux. Je me souviens de Jessica, si quelqu’un m’avait donné du Babygros gratuitement à cette époque, ça aurait vraiment représenté quelque chose. Cela m’aurait fait ma semaine entière. C’est vraiment injuste, n’est-ce pas ? »

Rowling dit qu’elle adore écrire, elle doit écrire, qu’elle soit heureuse ou triste, mais c’est bien plus facile quand elle est heureuse. Le nouveau livre a été écrit dans la période la plus heureuse de sa vie. Elle avait déjà commencé à écrire avant son mariage au Boxing Day, en 2001. Je lui dis que ça a dû être palpitant de rencontrer quelqu’un de nouveau. « C’était incroyable. J’ai toujours voulu avoir plus d’enfants, et j’avais atteint le point où je pensais, OK, j’ai été très chanceuse. J’ai les livres. J’ai Jessie. Je ne peux pas me plaindre, et puis ça a été tout simplement incroyable. »

Est-il vrai, ai-je demandé, que vous avez rencontré quelqu’un alors que vous ne cherchiez pas ?

« Oui. Je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un, en fait. Je pensais que mes antécédents étaient trop lourds, et il est vrai que quand je suis devenue célèbre, ce n’est pas que je ne rencontrais personne, c’est que je ne rencontrais personne avec qui je voulais avoir une relation, et encore moins me marier. Bien sûr, on rencontre des gens, mais il s’agit surtout de ceux qui ont vraiment envie de vous rencontrer, plutôt que ceux que vous voudriez vraiment rencontrer. »

Elle déclare que c’est une chance qu’elle et son mari aient un métier aussi différent. « La nuit où nous nous sommes rencontrés, il m’a dit qu’il avait lu les dix premières pages de l’Ecole des Sorciers pendant une équipe de nuit à l’hôpital, et il trouvait cela assez bien. J’ai pensé que c’était fantastique. Il n’avait pas lu les livres. Il n’avait pas une idée précise de qui j’étais. Je veux dire que nous pouvions commencer à faire connaissance dans des conditions à peu près normales. Je pense qu’il se rend mieux compte maintenant, le pauvre. A cette époque, il n’en avait pas vraiment idée. »

Elle a écrit la majeure partie du nouveau livre à Edinburgh, et un peu à Perthshire. Elle n’écrit plus dans des cafés car les gens la regardent, ce qui l’embarrasse. Chez elle, elle écrit tous les matins dans son bureau, qui a la taille d’une petite chambre pour une personne, et qui est la plus petite pièce de la maison, jusqu’à ce qu’elle ait faim, vers 12H30 habituellement. Elle déjeune d’un sandwich, puis retourne à son ordinateur jusqu’à ce que Jessie revienne de l’école (elle n’a plus de baby-sitter depuis le remariage de sa mère). Elles promènent le chien, un Jack Russel. Elle fait du thé. Neil rentre. Selon son degré de fatigue, elle peut écrire également le soir.

Un jour par semaine est consacré aux « choses caritatives ». Elle a des engagements dans des œuvres de charité, et est le patron de plusieurs groupes, dont un pour les parents célibataires et la Multiple Sclerosis Society Scotland [ndlt : société contre la sclérose en plaque] (sa mère est morte de cette maladie en 1990, à l’âge de 45 ans). Je lui dis que je crois qu’elle donne beaucoup d’argent anonymement, et elle regarde fixement le tapis, les lèvres serrées.

Rowling est tombée enceinte au milieu du livre, et elle a su qu’elle voulait le finir avant que le bébé n’arrive. « Je devenais de plus en plus grosse, et juste avant Noël, j’ai réalisé que j’avais fini le livre et c’était la chose la plus incroyable. Une chose incroyable. Ca m’a vraiment surprise. J’écrivais le dernier chapitre, je réécrivais des morceaux comme vous le faites, puis j’ai écrit la fin d’un paragraphe, et j’ai pensé : Oh mon dieu, j’ai fini le livre ! Je ne pouvais pas croire que je l’avais fait. »

Je fais un commentaire sur sa longueur, et elle répond : « C’est hystérique. En un jour, ils sont passés de « Elle a un blocage pour écrire », à « elle a été indulgente avec elle-même ». Et j’ai pensé, et bien, quelle différence en 24 heures ».

Le « ils » dans sa phrase désigne la presse. Elle est offensée par l’idée qu’on a reporté qu’elle avait un blocage, presque autant qu’elle est irritée par la pression de la date limite. Elle admet être trop « susceptible ». « Mais je suis comme ça, et je ne pourrais pas écrire les livres si je n’étais pas ce que je suis ». Elle est véritablement peinée par les accusations, relayées par l’écrivain américain Nancy Stouffer, disant qu’elle était une plagiaire et qu’elle avait fait la fête quand une cour de New York l’avait déclarée innocente, l’année dernière. Elle est féroce en ce qui concerne la protection de la vie privée de Jessica, elle ne l'utilise jamais pour la publicité et ne va pas avec elle aux premières de films. Elle parle rarement d’elle, mais quand je lui demande pourquoi elle a acheté une maison à Londres, elle me répond en riant qu’avant elle restait au Claridge, mais que « ma fille commençait à s’habituer un peu trop au service de chambre ».

C’est facile d’oublier, assis dans cette pièce lumineuse et chaude, le côté sombre de la Potter mania. Mais il est là. Certaines personnes sont obsédées par l’idée que ses livres enseignent aux enfants le mal et la magie, et croient que Rowling est une sorcière en quelque sorte. « J’ai trouvé des menaces de morts contre moi sur le net », dit-elle, en expliquant comment, alors qu’elle cherchait quelque chose, elle s’est retrouvé sur un site anti-Potter. « Et ensuite, au milieu de l’écran, j’ai trouvé, enfin, des personnes conseillaient de me tuer, tout simplement. Ce qui n’est pas très agréable à voir. C’est bizarre ». Elle soupire. « Mais que peut-on faire ? »

« La célébrité est une expérience très étrange et qui isole », dit-elle. « Je sais que certains la désirent. Beaucoup de monde la désire. J’ai beaucoup de mal à comprendre. Vraiment. Ca vous isole complètement et ça introduit une grande tension dans vos relations ».La plupart de ses amis sont restés éloignés, et se sont vu offrir de l’argent par des journaux pour leur histoire, ce qui a fait culpabiliser Rowling.

Sa vision de certains journalistes est incarnée en Rita Skeeter, un personnage qui, la dernière fois qu’elle est apparue, est devenu un scarabée et a été enfermé dans un bocal. « Rita me fascine, je ressens une sorte de respect mêlé de rancune », dit Rowling. « Elle a une face cachée que je n’ai pas mais que j’aimerais avoir. Et on l’admire pour sa ténacité et son ingéniosité. Mais je n’aimerais pas la rencontrer. »

C’est difficile de faire une interview à propos d’un livre que vous n’avez pas été autorisée de lire. Elle compatie, mais ne dévoile pas beaucoup de choses. « Ce livre est en quelque sorte un départ. Harry est très en colère. Très en colère. Il est en colère dans la plus grande partie du livre. Mais je pense que c’est normal, vu ce qui lui est arrivé et le peu d’explication qu’il a reçu. Donc ce n’est pas un conte bien gentil. Et il y a également une mort désagréable. Désagréable car il s’agit de quelqu’un que j’apprécie comme personnage. »

Elle ajoute : « Cette fois, il s’agit de quelqu’un que je considère comme un personnage important. » Elle a pleuré quand elle a écrit la scène de la mort, comme elle l’avait fait par deux fois lors de la rédaction de Harry Potter et la Coupe de Feu.

Maintenant, Harry « est vraiment à l’âge de la puberté, et ressent les mêmes choses que j’ai ressenti à cette époque. » C’est-à-dire ? « C'est-à-dire que je n’étais pas sûre de moi, et je pense que personne d’autre ne l’était ! Je pense simplement qu’il s’agit d’une période de confusion. Oui, il est très confus, à la manière des garçons. Il ne comprend pas comment fonctionnent les filles. » Je lui dit que, à l’âge de 15 ans, les garçons ne disent normalement rien du tout. Elle ri et réplique que Hermione est plus que ravie de remplir ces silences de ses conseils.

« Cette fois, Harry a vraiment, en quelque sorte, une liaison. Je souligne le « en quelque sorte ». C’était vraiment amusant à écrire, en fait. Je pense que vous trouverez ça pénible. Vous devriez trouver ça pénible, c’est pénible, mais c’était tellement amusant à écrire. Pauvre Harry ! Ce que je lui fais vivre… »

Elle a déjà commencé à écrire le tome six. « Je l’ai commencé quand j’étais enceinte. C’était une situation différente car je savais que je n’étais pas obligée de le faire, donc immédiatement cela m’a donné envie de le faire ! Vous savez, le contraire absolu de la Coupe de Feu. Et je suis dans une position très confortable. Je n’ai même pas l’obligation d’écrire d’autres livres. Donc personne ne peut prétendre que j’ai dépassé la date limite, car je n’ai pas de date limite pour le tome six et sept. »

Donc vous êtes libre, ai-je dit.

« Je suis libre. Je veux passer du temps avec David car je ne l’ai pas eu dans le but de le remettre à un bataillon de baby-sitters. Mais je veux vraiment écrire les tomes six et sept. »

A coup sûr, ai-je dit, le tome six sera plus court. Elle acquiesce. « Le sept, par contre, sera sûrement massif… Ca a été une telle part de ma vie. Je m’imagine déjà, effrayée à l’idée de voir cela finir. A la fin du tome sept, je penserai sûrement, je le rallonge juste un peu, je le rallonge juste un peu. Réussir à le finir, ça sera extraordinaire. »

Mais le dernier chapitre du sept n’est-il pas déjà écrit ? Oui, répond-elle, il est caché. Dans un endroit secret ? « Gardé par des trolls. »

Quelqu’un est-il au courant ?

« Je n’ai mis personne au courant. Littéralement personne. Si vous entendez quelqu’un prétendre qu’il sait ce qui va se passer à la fin, il mentira. Je n’ai prévenu personne. »

Peut-être que si vous êtes ivre…

« Je ne le dirais jamais. Je sais que je ne le ferais pas. Vous ne pourriez pas me faire boire assez pour cela ! »

C’est l’heure de partir. David a épuisé ses jouets mobiles et ses balançoires, et nous avons parlé pendant une heure et demie. Cette interview et très différente de la précédente, et j’ai l’impression qu’en l’espace de trois ans Joanne Rowling a grandi. Elle a affronté ses démons personnels : la célébrité, l’argent et l’insécurité. Elle a mis de l’équilibre dans sa vie, et maintenant, en plus de tout cela, elle est libre. C’est un mélange impétueux, une sorte de Pays des Merveilles, mais elle y marchera doucement. « Je suis le genre de personne qui s’attend à rencontrer M. Catastrophe à chaque angle de rue, car c’est ce qui s’est souvent passé. J’essaie de trouver le juste milieu entre le fait d’être reconnaissante pour ce qui s’est passé – car je suis vraiment reconnaissante de cela – et le fait d’être terrifiée car je pense que tout pourrait mal se passer demain. »




Interview traduit par Jessica.
Version originale en anglais disponible sur le site de Quick Quote Quill

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